Vendredi 4mai 2012 En Grèce,

En Grèce,  "il faut bâtir une alliance proeuropéenne"

par Alain Salles

Athènes, Correspondance

Le bureau d'Evangelos Venizélos est en chantier, comme son parti. Il est transformé en studio de télévision, envahi de caméras, pour cause de campagne électorale. L'ancien ministre des finances a pris les rênes du Parti socialiste grec, le Pasok, six semaines avant les élections législatives du 6 mai, cruciales pour le pays, où les sondages prédisent au parti créé par Andréas Papandréou l'un de ses plus mauvais résultats: de 14 % à 19 % des voix, alors qu'il l'avait emporté en 2009 avec 44 %.

Les plans d'austérité répétés ont fait fuir l'électorat. L'ancien ministre s'est fait une raison: "Nous n'avons pas décidé d'appliquer des mesures de rigueur très difficiles par choix idéologique ou politique. C'était une nécessité dans une situation économique extraordinaire. Nous avons dû prendre des décisions qui allaient à l'encontre de nos traditions politiques."

Pourtant, M. Venizélos n'est pas pessimiste. Pour au moins deux raisons. Comme à peu près tous les partis grecs, il place beaucoup d'espoirs dans l'élection de François Hollande en France: "Un changement à la tête de l'Etat français sera le début d'un changement plus profond des rapports de force européens. Aujourd'hui, nous avons une Europe unidimensionnelle, très conservatrice, avec une approche monétariste et néolibérale. Le nouveau président français peut être la clé pour envisager l'avenir économique et monétaire européen sur de nouvelles bases, en faveur de la croissance."

Deuxième raison: "Il y a en Grèce une majorité absolue en faveur de l'Europe et de l'euro." Mais les Grecs rejettent les mesures d'austérité imposées au pays et la domination des deux partis qui ont laissé filer les déficits en menant une politique clientéliste. "Il faut mobiliser les forces politiques, économiques et sociales du pays pour bâtir une alliance pro-européenne, explique-t-il. Aucun parti ne peut faire cela tout seul. Nous devons montrer qu'il y a parmi les forces politiques grecques une conscience historique et un sens de la responsabilité nécessaire pour conduire le pays vers la sortie de la crise." Les sondages indiquent que la droite de Nouvelle Démocratie devrait arriver en tête sans obtenir de majorité parlementaire. M. Venizélos se place dans la perspective d'un gouvernement de coalition. Il conclura sa campagne, vendredi 4 mai, place Syntagma, là où ont eu lieu toutes les protestations contre l'austérité (et le Pasok).

L'ancien ministre des finances demande un peu de temps : "Je souhaite que les nouvelles mesures d'économie prévues en juin se fassent sur trois ans au lieu de deux. Elles seraient ainsi moins douloureuses." La "troïka" -Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, Commission européenne- qui contrôle la mise en oeuvre du plan de sauvetage a identifié 11 milliards d'euros d'économies à réaliser en juin.

"La croissance, ce n'est pas un slogan ou une théorie pour nous, c'est une nécessité vitale, alors que nous sommes dans notre cinquième année consécutive de récession, explique le président du Pasok. Nous présentons des propositions, dans le cadre de nos discussions avec nos partenaires européens, pour nous permettre d'apporter des changements dans l'économie réelle et favoriser la croissance. Nous avons beaucoup fait pour la restructuration budgétaire et bancaire. Grâce à la réduction de la dette, nous avons atteint un niveau de sécurité financière qui nous permet d'injecter des liquidités dans notre économie. C'est une nouvelle situation qui nous permet d'envisager la sortie de la crise." L'agence de notation Standard & Poor's a même relevé la note de la Grèce, le 2 mai, tout en la maintenant en catégorie spéculative, après l'effacement de 100 milliards d'euros de dette du secteur privé.

De cette restructuration de la dette, il tire une leçon: "Ces négociations difficiles avaient lieu avec des Etats et des institutions internationales, mais aussi avec des organismes non politiques et non régulés qui jouent un jeu crucial dans ce jeu mondial." M. Venizélos fait allusion au poids des marchés financiers et aux "hedge funds" qui spéculent sur la dette d'un pays. "Nous avons besoin d'un pacte mondial de gouvernance économique et financière. Cela doit être l'une des tâches principales des sociaux-démocrates européens."

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